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Le Petit Echo de la Mode : Un siècle de presse familiale

Journaux et revues

Bibliothèque Forney

Date : 06/09/2019

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La bibliothèque Nationale vient de numériser la collection du célèbre périodique : Le Petit Echo de la Mode, conservé à la bibliothèque Forney. Témoin des grandes évolutions du 20e siècle, il se distingue par la diversité des sujets traités et la beauté de ses illustrations dont les teintes pastel associées à des gravures d’une  grande finesse, sont de véritables trésors qui nourrissent l’imaginaire.

 

L’évocation du Petit Echo de la mode suscite encore aujourd’hui, des souvenirs émus au cœur des familles et les raisons de son succès sont multiples. Sa popularité prend racine dans le lien étroit qu’il a créé avec son lectorat, à sa ligne éditoriale originale,  ses innovations commerciales et techniques et sa formidable capacité d’adaptation face à un siècle en pleine mutation.

 

Fondé par Charles-Huon de Penanster, le Petit Echo de la Mode parait pour la première fois le 8 août 1880. Il se destine  à un public féminin et familial avec pour ambition, de guider les maîtresses de maison dans leurs taches,  promouvoir la charité et assurer des missions d’éducation : Il s’institue journal des familles.

 

 

Journal de la famille. Extrait du 8 mai 1892

 

Cependant, il se différencie des autres publications par les multiples sujets qu’il aborde même si le thème de la mode domine et il  réussit le difficile exercice de maintenir une « rigueur d’âme en toutes circonstances »  tout en s’adaptant  aux évolutions de la société.

Il sait parler au cœur des femmes, répondre à leurs attentes, défendre des valeurs traditionnelles, nourrir leurs désirs d’évasion avec la publication hebdomadaire de roman et s’ouvrir avec succès sur les débats  féministes en abordant la question du vote des femmes, ou leur difficulté au travail. 

 

 

Le vote des femmes. Extrait du 3 avril 1910

 

 

Il traite également de l’éducation des enfants suite aux  lois Jules Ferry de 1886 avec de nombreux conseils pratiques. Cette sensibilité à l’éducation se retrouve dans les publications satellites proposées, plus tard, par  les Éditions Montsouris, éditeur du Petit Echo de la Mode :« Pierrot », « Lisette » et « Guignol » sont aujourd’hui considérés comme les ancêtres de la presse éducative.

 

 

Des conseils éducatifs. Extrait du 13 mai 1888

 

Attentif aux préoccupations de son lectorat,  le journal se montre présent dans les moments difficiles. Durant l’année 1914, toutes les illustrations sont dédiées aux combattants et à leur famille. Un bimensuel est même créé, en signe de solidarité. « Le petit Echo en campagne » raconte la vie des poilus sur le front, soutient le moral des familles et encourage le patriotisme.

Maintenir une proximité constante avec son public a donc déterminé le succès de la publication, ainsi que sa réactivité aux événements  et son caractère inventif révélé par de nombreuses idées innovantes.

La fin du 19ème siècle connaît l’éclosion des maisons de couture qui s’accompagne d’une démocratisation de l’accès aux créations, avec la naissance des grands magasins, le Bon marché, la Samaritaine...démocratisation relayée par le Petit Echo de la Mode qui propose en 1886 des leçons de couture, et en 1893, un patron-modèle encarté gratuitement dans l’hebdomadaire. Cette  amélioration va permettre de faire monter le tirage à 210 000 exemplaires.

 

 

Patron de couture

 

Parallèlement, il offre la possibilité d’acheter en direct ou par correspondance des objets usuels au « Comptoir parisien » : nécessaire à couture, confection de toilette, objets de la vie quotidienne.

 

 

Le Comptoir Parisien . Extrait du 22 avril 1888

 

Dynamique et souple, il propose 3 formules d’abonnements avec une édition de base comprenant un patron découpé, un supplément littéraire, une deuxième édition avec 12 feuilles de patrons et de broderies supplémentaires et la troisième édition, plus chère, offre une gravure coloriée au format du magazine.

 

Le petit Echo de la mode innove aussi dans ses choix techniques. La hausse des tirages en 1895 pousse Penanster à fonder sa propre imprimerie dans le 14ème, première rotative du format double colombier.  Il travaille pour des clients extérieurs, notamment les Galeries Lafayette.

 

En 1898, les journaux ne sont plus coloriés à la main, le chef mécanicien invente une machine qui appose automatiquement les couleurs. L’aquatype, primée à l’exposition universelle de 1900, est vendue en Europe, au Japon, aux États-Unis ; elle sert à colorier les images d’Épinal.

 

En 1930, le journal passe aux photogravures. Il atteint son tirage record en 1950, avec 1,5 millions d’exemplaires. En 1955, il se déleste de son attribut de petit, mais adopte un petit format auquel l’avait contraint la pénurie de papier en temps de guerre. Il fait alors 52 pages, avec des photos en couleurs, puis les éditions de Montsouris s’équipent de rotatives offset performantes.

Malgré cette croissance, les années 60 amorcent une période de crise. De plus en plus de foyers sont équipés de télévisions où passent les réclames. Les recettes générées par les publicités baissent de 60%. Dans un même temps, le prêt à porter a évolué, les modes sont plus éphémères, la confection industrielle propose des prix accessibles et les femmes ne veulent plus passer leur temps, le dos cassé en deux sur leur machine, les patrons-modèles sont en difficultés.

 

Pour faire face à ces avaries, il faudrait investir mais l’entreprise ne souhaite pas emprunter. En 1977, l’Echo de la mode est racheté par le magazine « Femmes d’aujourd’hui » mais le déclin  continue, les licenciements s’enchainent et l’entreprise de Chatelaudren ferme en 1984.

Le Petit Echo de la mode a accompagné la vie des français pendant un siècle. Grâce à la numérisation réalisée en collaboration avec la Bibliothèque Nationale, vous pourrez vous plonger dans l’exploration du  siècle essentiel dont nous sommes issus, remarquablement croqué par cette riche publication.


Voir les numéros de la revue sur Gallica


Bibliographie : 

 

  • Le Petit écho de la mode : 100 ans de presse familiale : [exposition, Paris, Bibliothèque Forney, du 29 janvier au 3 mai 2008] consultable à la bibliothèque Forney à la cote ALP 391 "1880-1980" Pet.
  • Le Petit écho de la mode" : un siècle de presse féminine / Nicole Lucas, consultable à la bibliothèque Forney à la cote NS 75963.