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Photographies d’Édith Gérin (1910-1997)

Photographie

Bibliothèque historique de la Ville de Paris

Date : 18/02/2019

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Les photographies d’Édith Gérin constituent un ensemble remarquable de plus de 270 vues en noir et blanc témoignant, de la fin des années 1940 aux années 1990, de son regard familier sur la ville et ses transformations.

Souvent rattachée à l’école humaniste, membre du groupe des XV à partir de 1948, Édith Gérin se réclame plutôt de l’impressionnisme, dont l’influence est visible dès ses premières photographies, où les trouées du soleil dans la brume matinale et les effets de brouillard évoquent les œuvres des maîtres impressionnistes.

 

  

Le pont au Change et le tribunal de commerce de Paris, 1948

 

Enfant de Paris, ayant habité alternativement sur ses deux rives, Édith Gérin n’est pas passionnée au départ par l’univers minéral de la ville mais par celui de la forêt de Fontainebleau, dont les rochers aux formes insolites sont l’un de ses premiers sujets favoris.

Sa production sur Paris est concentrée sur deux périodes principales, la première à la fin des années 1950, la seconde trente ans plus tard, de 1986 à sa mort en 1997. C’est durant cette deuxième période que la photographe, âgée de plus de 70 ans, commence à exploiter méthodiquement ses clichés parisiens. Ils apparaissent alors dans plusieurs livres comme Paris perdu : 40 ans de bouleversement de la ville (1991), La photographie humaniste : 1930-1960, histoire d'un mouvement en France(1992), Je me souviens du 13e arrondissement (1995), Paris des photographes : Les Parisiens (1996). La Bibliothèque historique, pour sa part, fait l’acquisition auprès d’elle, en quelques années, de plus de 240 tirages.

Tout au long de sa vie, Édith Gérin observe la ville avec l’œil d’une paysagiste attirée aussi par l’imaginaire et l’irréel, voire le surréel. Dans les années 1950-1960, elle saisit ainsi des nuages aux formes fantastiques en surplomb d’un quartier en démolition, ou s’amuse à poser Créteil au bord d’un désert de sable.

 

 

Chantier de la ville nouvelle de Créteil, « mer de sable », vers 1955-1959

 

Ses compositions évoluent au fil du temps, les brumes faisant place à la netteté du béton et du métal, mais elle demeure toujours captivée par les effets d’ombre et de lumière, et par les jeux de reflets . Humour subtil et poésie cohabitent aussi souvent dans son œuvre, comme ici où la statue de la Liberté du pont de Grenelle, cent ans après l’installation de sa grande sœur à New York, pose devant son Manhattan miniature.

 

 

La statue de la Liberté et le pont de Grenelle, été 1986

 

La ville elle-même est toujours autant son sujet que ceux qui l’habitent. Durant les années 1980, elle photographie les grands chantiers souvent polémiques que connaît Paris, de la construction du Palais omnisport de Bercy à celle de la Pyramide du Louvre, accentuant volontiers la puissance géométrique des architectures nouvelles et témoignant avec prédilection de la place grandissante qu’occupe la sculpture dans l’espace public, de l’installation au Palais-Royal des œuvres de Buren et Bury aux sculptures de Botero sur les Champs-Élysées, en passant par la fontaine Stravinsky, sur laquelle elle réalise une série très réussie en 1987.

 

 

L’Oiseau de feu, Fontaine Stravinsky, 1987

 

À trente ans de distance, elle revient parfois sur ses pas dans de saisissants avant-après qui laissent le spectateur en proie aux sentiments ambivalents qui animaient sans doute la photographe, pourtant rarement nostalgique, face à l’univers minéral et géométrique ayant succédé aux quartiers de sa jeunesse :