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Pierre Lampué, un photographe en République (1)

Photographies

Bibliothèque de l'Hôtel de Ville

Date : 17/09/2018

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P. Lampué : Hôtel de ville de Paris : toits depuis la cour du Préfet, verrière de la bibliothèque, ca 1882. © BHdV/Roger-Viollet.

 

Lors de la vente de la bibliothèque de l’architecte Jules Pellechet (1829-1903), la BHdV a acquis un album de 25 photographies sur l’Hôtel de Ville parisien, des vues intérieures et extérieures réalisées par Pierre Lampué probablement peu avant la fin des travaux de reconstruction du bâtiment en 1882. Cette acquisition sera pour nous l’occasion d’évoquer la carrière de ce photographe qui fera en 1890 son entrée au Conseil municipal comme élu du peuple.

 

Des rives de la Garonne aux quais de la Seine

Né à Montréjeau (Haute-Garonne), le 16 mars 1836, dans une famille d’artisans qui comptait une dizaine d’enfants, Pierre Lampué était destiné à la prêtrise. Après des études au petit séminaire de Polignan, il s’orienta vers une carrière de peintre et entra à l’École des Beaux-arts de Toulouse. À 16 ans, il monta à Paris où il passa trois ans à étudier la peinture avant de repartir dans sa région natale, en 1855, pour enseigner le dessin au séminaire de Polignan.

 

De retour à Paris en 1865, il ouvrit un studio photographique (« la photographie franco-espagnole ») au 237 rue Saint-Jacques (vers 1873) puis au 72 boulevard Port Royal (en 1879) et se spécialisa dans la photographie d’art et d’architecture. Il réalisa notamment en 1875 une série de vues de l’Opéra de Paris sur plaques au collodion de 82x110cm et travailla principalement pour l’École des Beaux-arts, reproduisant par la photographie les dessins des élèves aux concours d’architecture. Ainsi, c’est avec le titre de « photographe de l’École des Beaux-arts » qu’il fit paraître vers 1875-1885 ses Études de façades : maisons, villas, hôtels les plus récemment construits à Paris et aux environs.

 

Membre de la Société française de photographie de 1873 à 1885, -il participa à ses expositions en 1876 et 1882-, et de la Chambre syndicale de la photographie à partir de 1880, il dirigea aussi, avec son fils, une imprimerie héliographique qui reproduisait ses vues de Paris et poursuivit, parallèlement, son activité de peintre jusqu’à la fin de sa vie. Son studio photographique lui servait de galerie et il exposa au Salon des Indépendants, aux côtés des Fauves, « ses paysages, d’un délicat sentiment, [qui] évoquent les mouvements de terrain, les vastes horizons et les ruines altières de la Corrèze »1, quand ils ne donnaient pas l’image d’un hôtel de Cluny parisien presque campagnard…

 

« Camarades, citoyens, messieurs ! »

A la fin des années 1880, P. Lampué céda son fonds photographique à Édouard Pourchet (1848-1909) et se consacra à la politique. Après un échec aux élections municipales de 1886, il fut nommé adjoint au maire du 5e arrondissement en 1888 et devint premier adjoint en 1898, s’occupant surtout d’action sociale. Il fut ensuite élu conseiller municipal du 5e arrondissement (Val-de-Grâce) de 1890 à 1900 puis de 1904 à 1919 et vint siéger à l’Hôtel de Ville.

 

Radical socialiste au sein d’une assemblée de gauche, le conseiller Lampué fut un défenseur constant, mais tolérant, de la République laïque et de la Libre Pensée. Lui-même, à sa mort, le 6 février 1924, fut incinéré puis inhumé au colombarium du Père Lachaise (case 5273).

 

Doyen d’âge du Conseil municipal de 1908 à 1915 et président du Conseil général de la Seine en 1909-1910, P. Lampué en appela souvent à des débats sereins dans ces assemblées tout en rappelant le but commun de la politique municipale : « Donner à cette belle ville de Paris le maximum de bonheur et de beauté »2. Il s’y employa lui-même comme rapporteur du budget et membre de la 4e commission municipale (enseignement et des beaux-arts) : chaque année, il défendit les crédits de l’École Estienne, de l’école primaire supérieure Lavoisier, de l’école de physique et chimie industrielles et les subventions aux patronages laïques.

 

Son action fut récompensée d’une médaille commémorant les 25 ans de son élection au conseil municipal qui lui fut remise, en 1916, le jour de son anniversaire3. L’octogénaire était alors devenu par patriotisme « un des plus fermes soutiens de l’union sacrée »4 avant de se désengager de toute vie politique en 1919.

 

 

Léon Deschamps : Avers et revers de la médaille décernée en 1916 à Pierre Lampué pour ses 25 ans de mandat municipal. (© BHdV/Roger-Viollet).

 

Les albums de P. Lampué dans le catalogue des bibliothèques spécialisées :

Album sur l’Hôtel de Ville de Paris (ca 1882)

Le portefeuille des architectes sur l’architecture de la Renaissance italienne et française (ca 1890)

Portes monumentales et portes cochères de Paris (1896)


Notes :

Le Matin, 20 avril 1911.

2 Procès-verbaux du conseil municipal de Paris, séance du 10 juin 1908.

4 Discours de G. Lalou, Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 23 février 1924.