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Le Livre d’or du cabaret du Chat noir

Manuscrits

Bibliothèque historique de la Ville de Paris

Date : 12/06/2015

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Tout commence à la fin du 19e siècle, lorsque Rodolphe Salis (1851-1897), peintre de talent, achète une ancienne boutique au 84 du boulevard Rochechouart (Paris, 18e arr.). Il répond alors aux commandes qui lui sont faites : chemins de croix, reproduction de chefs-d’œuvre, illustration picturale d’Edgar Poe. Comme d’autres artistes de son époque, il publie des dessins dans la petite presse, dans des périodiques éphémères comme les Annales du Parnasse. Ils sont tout un groupe d’artistes à vivre la vie de bohème, et se font appeler les « hydropathes ». A cette époque, c’est du côté du Quartier latin qu’ils se retrouvent.


Très vite, ils découvrent cette boutique où Rodolphe Salis les accueille avec sa verve et la jeunesse artiste et lettrée se donne de fréquents rendez-vous dans cet atelier empli de fouillis. Ils disent des vers, chantent, ce qui donne soif, bien sûr. Comme leur dit Rodolphe Salis : « Or ça, Messeigneurs, si de profonds hanaps s’emplissaient de cervoise ? »


C’est ainsi que naît l’idée, suggérée par Jean Moréas, de transformer la boutique montmartroise en cabaret où artistes et poètes se retrouveraient, « à l’exception des philistins ».


Les cabarets d’artistes étaient déjà apparus dans d’autres coins de Montmartre, mais un cabaret avec musique, chants, déclamations et échanges littéraires et artistiques n’existait pas encore. En 1881, le cabaret s’ouvre sous l’enseigne du Chat noir. Ce premier cabaret étroit gardait une allure d’atelier, avec plâtres, bibelots, toiles, cadres et bric-à-brac. Peu à peu, il s’orne d’œuvres déposées par l’un de ses fidèles visiteurs. Poètes et peintres se mêlent, s’affrontent et profitent de cette fécondité originale.

 

Les initiateurs de ce lieu d’un genre nouveau sont pour une grande part déjà là : Adolphe Willette, Henri Rivière, Steinlen, Georges Auriol.


Le premier Chat noir ne dure que 4 ans, et ne sera pas très connu du grand public, qui ne le découvrira qu’après son installation au 12, rue Victor-Massé en 1885.
Ce lieu est lui aussi bientôt décoré par ses hôtes, et cette surabondance créative donne naissance à bien des œuvres : caricatures, sonnets, balades, écrites ou dessinées au fil de l’inspiration sur un album, éventuellement accrochées aux murs du cabaret par la suite.
L’Album du Chat noir héberge des créations de lettrés tels que Coppée, Banville, Barbey d’Aurevilly ou Goudeau qui deviennent aussitôt prétextes à croquis et à illustrations. Léon Bloy, Maurice Rollinat dialoguent par le biais de cet Album qui devient le théâtre de ces échanges pleins d’humour et de légèreté. L’Album devient ainsi le témoin de ce que fut le Chat noir : à la fois cabaret et gazette, et c’est bien ce qui fait sa particularité.


A la mort de Rodolphe Salis, une vente est organisée en 1898, dans laquelle sont proposés à la pièce tous ces dessins qui ont fait partie de l’Album. Un collectionneur en achète un grand nombre et fait le choix de les réunir dans une demi-reliure en maroquin vert avec les plats recouverts de soie imprimée de têtes de chats et lui donne le titre de Livre d’or du Chat noir. En 1958, l’ « Album » est mis en vente sous cette forme et est acquis par la Bibliothèque historique.


Aujourd’hui, la Bibliothèque historique vous propose de découvrir cet album de 162 feuillets et de plus de 115 dessins. Il réunit les signatures de tous ces jeunes artistes de talent qui ont fait vivre Montmartre durant des années : Henri Rivière, Caran d’Ache, Willette, mais aussi Forain, Rodolphe Salis, Ferdinand Bac, Antonio de La Gandara, Henri de Sta, Jules Dépaquit, Ferdinand Lunel, Paul Quinsac … Les pages sont souvent composées d’un texte central illustré par un dessin dans les marges. De nombreux dessins montrent l’intérieur du Chat noir et notamment celui du premier cabaret dont peu de traces nous sont parvenues.


Composé à la fois de poèmes, de chansons, de dédicaces et de dessins, ce Livre d’or, par son intérêt à la fois littéraire et artistique, représente un souvenir unique de ce cabaret légendaire et garde bien vivante l’ambiance foisonnante et confraternelle qui devait y régner.

 

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