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Albums photographiques, chapitre 1

Photographies

Bibliothèque historique de la Ville de Paris

Date : 26/09/2017

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Plusieurs albums photographiques conservés à la Bibliothèque historique ont été numérisés par la Parisienne de Photographie. Nous vous proposons d’en découvrir un échantillon illustrant la variété des sujets couverts.

 

Débutons pas un album rassemblant 18 photographies d’Henri Godefroy (1837-1913) sur papier albuminé montées sur carton. Donné par Edmond Huet, inspecteur et directeur des travaux de Paris, il constitue un court reportage sur les aménagements effectués dans les anciens quartiers Saint-Victor et de la Sorbonne, entre 1888 et 1889. Nous sommes au cœur de l’ancienne Lutèce mais aussi du Paris universitaire médiéval. Ici, on a sous les yeux ce qui a été et ce qu’il advient : là, on détruit ; on pave la rue Monge prolongée et ailleurs, on construit des égouts. On notera, comme souvent, les ouvriers stoppés dans leurs efforts pour prendre la pose.

 

 

H. C. Godefroy, Prolongement de la rue Monge. Démolition de la place Maubert et de la rue Galande, 1888-1889

 

Godefroy, attaché à la Commission du Vieux Paris à partir de 1898, a l’appréhension de ce qui va disparaître, comme cette boutique, rue des Trois-Portes, non loin de la rue Jacinthe. Cet axe est supprimé par l’ouverture de la rue Lagrange. Parfois, il a le souci de passer le seuil, comme dans l’ancien hôtel Colbert, de la rue du même nom, détruit en 1889.

 

Cette même année, la place Maubert connait un autre réaménagement de taille. À l’époque d’une « statuomanie » aigüe, la Ville de Paris avait décidé d’honorer Etienne Dolet (1509?-1546), condamné au bûcher pour hérésie, sur le lieu de son supplice. « Savant, humaniste, typographe, [E. Dolet] a été l’un des plus énergiques représentant de la renaissance intellectuelle en France », lit-on dans le Bulletin municipal de la Ville de Paris du 12 mai 1884. Alors que l’érection de la statue par Ernest Guilbert (1848-….) connait de nombreux délais, dès 1884, une étonnante commission indépendante décide d’installer temporairement, sur la place, son propre hommage de plâtre. Il avait été fabriqué et financé par souscription dans un local dépendant du vieil hôtel Colbert.

 

Alors que le pays s’oriente vers des tensions politiques et morales qui connaissent leur acmé en 1905, la statue définitive se mue en instrument idéologique. La place devient rapidement un lieu de rassemblement des Libres penseurs et des anticléricaux. D’ailleurs, depuis la place Maubert, la silhouette de l’imprimeur se détache à la même hauteur que celle ancestrale de Notre-Dame de Paris.

 

 

H. C. Godefroy, Prolongement de la rue Monge. Travaux de la place Maubert, 1888-1889

 

La veille de son inauguration en grande pompe, le 18 mai 1889, le journal Le Temps lui prédit un avenir radieux, contrairement à son prédécesseur en plâtre, déplacé puis détruit : « La statue [du] lauréat du concours officiel ouvert en 1885, n’a pas eu et n’aura pas une telle odyssée. (…) Enfin, tout est fini et tout le monde est satisfait ». Hélas, sous l’Occupation, les Parisiens assisteront à son déboulonnage. Elle ira rejoindre le cortège des statues fondues par le régime de Vichy.

 

Cet album photographique témoigne doublement d’un passé de Paris en mutation ou révolu.


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