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Jérôme Pétion (1756-1794) : un révolutionnaire méconnu !

Collections patrimoniales

Bibliothèque de l'Hôtel de Ville

Date : 01/02/2019

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Jeune avocat à Chartres, Pétion se fait connaître à la veille de la Révolution par ses écrits au parfum de républicanisme. Député aux états-généraux devenus Assemblée nationale constituante, il vote avec Robespierre en faveur de réformes avancées et fait partie du trio de députés qui ramène la famille royale de Varennes à Paris. Pétion devient le second maire de Paris en 1791. Il assiste impuissant à la chute de la Monarchie en 1792 et à l’avènement d’une Commune insurrectionnelle. Député à la nouvelle Convention, il s’oppose aux côtés des Girondins à la Terreur robespierriste et est proscrit avec eux en 1793. Il se suicide en 1794. La BHdV conserve plusieurs publications de ou sur Pétion, et l’ancien directeur de la bibliothèque, le regretté Pierre Casselle, est l’auteur d’une monumentale biographie de ce révolutionnaire trop méconnu.

 

Jeunesse et premières armes

Issu d’une famille de gens de justice et d’imprimeurs, Jérôme Pétion devient avocat à Chartres en 1780.

Défenseur de la veuve et l’orphelin dans de nombreux procès, puis juge seigneurial et enfin subdélégué, il acquiert une expérience pratique des droits coutumier, seigneurial et ecclésiastique. Il en perçoit les défauts et les injustices. Il correspond avec Brissot, son ami d’enfance et futur chef de file des Girondins, monté à Paris, et lit les œuvres des philosophes des Lumières. Avide de réformer le royaume, il écrit plusieurs essais de philosophie politique. En 1788, à l’approche des états-généraux, il publie, avant l’abbé Sieyès, un libelle de défense du Tiers-état qui est « tout dans la nation », puis un ouvrage de réflexion politique : « Avis aux Français sur le salut de la patrie ». C’est une publication déjà très radicale, qui prévoit l’élaboration d’une constitution, l’égalité devant la loi, la séparation des pouvoirs. Le roi, jusqu’alors absolu, deviendrait simple mandataire de la nation.

 

 

Pétion. Galerie historique de la Révolution française, par Albert Maurin. Paris, 1843

 

Avec Robespierre à l’Assemblée

Élu député du Tiers-état de Chartres aux états-généraux en 1789, Pétion est un acteur important du fameux Serment du Jeu de Paume le 20 juin : sur l’esquisse de David, il est au centre de la composition, devant la table sur laquelle Bailly lit le texte du serment. Il participe à la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Les états-généraux devenus Assemblée nationale constituante, Pétion propose ou soutient nombre de décrets « avancés » : suppression des ordres religieux et du droit d’aînesse, défense des esclaves noirs et des hommes libres de couleur. En opposant résolu aux prérogatives royales, il vote souvent à l’unisson de Robespierre, à tel point qu’on les proclame « gémeaux de la liberté » : ils se prononcent tous deux vainement pour l’abolition de la peine de mort !

Pétion est l’un des trois commissaires choisis par l’Assemblée nationale pour ramener à Paris la famille royale arrêtée à Varennes !

 

 

Le Serment du Jeu de Paume (20 juin 1789)

 

Un maire de Paris dans la tourmente

Candidat face à La Fayette, Pétion est élu Maire de Paris en novembre 1791, avec des pouvoirs importants. Pris en tenaille « entre la loi et le peuple », il doit concilier le maintien de l’ordre constitutionnel et ses convictions politiques avancées. Refusant de faire couler le sang du peuple, il laisse les Sans-Culottes, qui exigent la déchéance de Louis XVI, envahir le palais des Tuileries le 20 juin 1792, et connaît alors l’apogée de sa popularité. Il est pourtant dépassé devant l’accélération des événements, devant la guerre civile et la guerre extérieure. Il temporise et perd la main le 10 août, face aux Sans-Culottes parisiens et aux fédérés montés de province qui s’emparent définitivement des Tuileries. C’est une Commune insurrectionnelle qui a désormais la réalité du pouvoir municipal à l’Hôtel de Ville.

 

 

Discours de M. Péthion à la Commune et réponse de la Commune à M. Péthion. Paris, 1791

 

Avec les Girondins à la Convention

Élu Député de Chartres à la Convention après la chute de la Monarchie, Pétion en est le premier président. Son attachement aux libertés publiques, son hostilité à la Terreur montagnarde et son amitié pour Brissot en font l’allié des Girondins et l’adversaire déclaré de Robespierre. Il vote la mort du roi « avec regret » mais demande la ratification populaire et le sursis, qui sont rejetés.
Pétion et les Girondins combattent aussi vainement la création du Tribunal révolutionnaire, tribunal d’exception, au nom de la Déclaration des Droits de l’Homme. Chassé du Club des Jacobins, il est ensuite exclu de la Convention avec ses amis girondins en juin 1793.

 

La fin de Pétion

Proscrit, réfugié en Gironde avec son ami Buzot, il subit une véritable chasse à l’homme. Pour échapper à la capture, les deux compagnons se suicident, non loin de Castillon. On retrouvera leurs corps le 25 juin 1794, en partie dévorés par des chiens.

Républicain de la première heure, constamment attaché à rassembler et pacifier, hostile à toute tyrannie, royale ou révolutionnaire, Pétion est un acteur de premier plan de la Révolution, longtemps très populaire à Paris. Il est le grand oublié de la postérité.

 

 

Mémoires inédits de Pétion et mémoires de Buzot et de Barbaroux :

accompagnés de notes inédites de Buzot et de nombreux documents inédits sur Barbaroux, Buzot, Brissot, etc. Paris : H. Plon, 1866

 

Pour en savoir plus :