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De l’étude photographique du geste sportif à la pratique rationnelle du sport

Photographies

Bibliothèque de l'Hôtel de Ville

Date : 17/02/2020

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Saut en longueur précédé d'une course, bonne exécution

 

En 1880, par l’entremise de Paul Bert, Etienne Jules Marey (1830-1904), physiologiste et professeur au Collège de France rencontrait Georges Demenÿ (1850-1917), un jeune scientifique, fondateur du Cercle de gymnastique rationnelle. Avec l’appui du Conseil municipal parisien qui concéda en 1881 au Collège de France un terrain au Bois de Boulogne et vota régulièrement des subventions pour son fonctionnement, les deux chercheurs établirent au Fond des Princes une station physiologique, lieu de leurs travaux conjoints en cinématique et biomécanique. Deux albums photographiques, offerts à l’assemblée municipale par Demenÿ et aujourd’hui conservés à la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville, permettent de suivre leurs recherches sur le geste sportif entre 1886 et 1888.

 

L’étude du geste sportif : la chronophotographie

 

Marey s’employa toute sa vie à perfectionner et inventer des appareils d’enregistrement automatique du mouvement de l’homme et de l’animal. À partir de 1882, il délaissa la méthode graphique pour la photographie. Il mit d’abord au point un « fusil photographique » puis perfectionna une chambre noire en l’équipant d’un grand obturateur tournant permettant d’enregistrer, à partir d’un point fixe et à des intervalles temporels égaux, une série d’images successives sur un même support, des plaques de verre au gélatinobromure d’argent, puis du papier sensible (1888) et enfin des films en celluloïd (1889-1890).

 

En 1901, Marey expliquait ainsi ce procédé, la chronophotographie : « Elle donne sur un long ruban qui se déroule une série d’images photographiques instantanées dont le nombre varie de 15 à 50 par seconde et même davantage au besoin, de sorte que toutes les phases d’un mouvement soient parfaitement représentées échelonnées en série sur une longue bande. Pour apprécier la vitesse des différents mouvements exécutés, il faut introduire dans les images la double représentation du temps et de l’espace. Le temps se mesure au moyen du chronographe […]. C’est un cadran noir portant des divisions et que parcourt une aiguille blanche, à raison d’un tour par seconde ». Et l’espace se mesure avec un mètre posé au sol.

 

Les différentes phases du geste, qui demeureraient invisibles à l’œil nu en raison de leur complexité et de leur enchaînement rapide, une fois décomposées en images distinctes, pouvaient être étudiées des points de vue cinématique (coordination) et dynamique (motricité). Une épure finale, obtenue par suppression des positions superflues, rendait compte d’un geste désormais linéaire et compréhensible. Si Marey appliqua principalement la chronophotographie à l’étude du mouvement des animaux, Demenÿ s’en servit surtout, avec l’aval son directeur, pour l’analyse du geste sportif en prenant comme sujets des athlètes de l'École de Joinville et des gymnastes parisiens.

 

 

 

La pratique rationnelle du sport

 

« Les documents recueillis à la Station physiologique et analysés de cette façon [chronophotographique] permettront de modifier entièrement les méthodes de l’éducation physique et de les établir sur l’étude de la nature elle-même et non sur des théories sans base expérimentale trop souvent contradictoires entre elles » écrivait Marey.

 

Une fois dégagées « les lois naturelles de l’éducation physique », le but poursuivi par Demenÿ était de donner à cette connaissance une réalité pratique. Dans une définition large qui incluait également le geste professionnel et mettait en avant la motricité, la coordination et le respect de la « mécanique » humaine, Demenÿ indiquait : « L’éducation physique est l’ensemble des moyens destinés à apprendre à l’homme à exécuter un travail mécanique quelconque avec la plus grande économie possible dans la dépense de force musculaire ».

 

 

À l’heure où l’éducation physique entrait dans l’enseignement, le programme de Demenÿ visant au perfectionnement rationnel des facultés motrices humaines, indépendamment de la robustesse du sujet, reçut un accueil très favorable de l’État comme de la Ville de Paris. Avant même la suppression des bataillons scolaires en 1891, le Conseil municipal avait admis Demenÿ dans sa commission de réforme de l’enseignement de la gymnastique dans les écoles municipales. Dès février 1892, Demenÿ put ouvrir un cours libre d’éducation physique à l’Hôtel de Ville, dans la salle des prévôts. Non pas pour les conseillers, mais pour les professeurs de gymnastique et instituteurs…

 

Voir les albums :

 

 

Les publications de Marey et Demenÿ :

 

 

Pour en (sa)voir plus :