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La critique révolutionnaire

Périodiques

Bibliothèque de l'Hôtel de Ville

Date : 06/12/2017

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À la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville actuellement s’exposent, malgré leur âge, en vieux braves toujours prêts à forcer la conjoncture, quelques périodiques diversement représentatifs d’une critique que l’histoire des idées a parfois qualifié de révolutionnaire.

 

Un court développement de cette appellation ambitieuse permettra de proposer ici trois définitions, assez inhabituelles, d’une publication périodique.

 

Situons d’abord comme critique et révolutionnaire toute activité de plume tendant à représenter au lectorat le plus étendu l’urgence de renverser l’ordre existant. Toute révolution n’est en effet que l’addition réussie, c’est-à-dire explosive, d’un grand nombre d’hommes à quelques raisons d’agir ; lesquels hommes, lesquelles raisons coexistent ordinairement sans s’ajouter, ainsi que le suggère le premier numéro de la Lanterne d’Henri Rochefort : « La France comporte trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement. »

On sait à cet égard que le rappel trop régulier des seconds aux premiers valut à l’auteur d’avoir à réserver ses lumières aux « sujets » du fort Boyard, puis aux lémuriens de l’Île des Pins (Nouvelle-Calédonie).

 

 

Le cas de La Lanterne autorise donc une première définition du périodique, comme tentative d’éclairage jusqu’à l’emprisonnement. Cette définition, pour très peu généralisable qu’elle puisse paraître, s’avère néanmoins de quelque ressource pour couvrir une critique dont l’horizon confraternel ne laisse pas, hélas, de tolérer des divergences constitutives.

 

 

Rien de commun en effet, nul compromis possible entre les professions de foi individualiste de L’Anarchie (« Je n’ai qu’une doctrine, cette doctrine n’a qu’une formule, cette formule n’a qu’un mot : Jouir ! ») et le communisme écrasant de L’Ordre nouveau (« Peuple, étouffe tes personnes, forme un bloc si compact, si exactement solidifié, que tout individu meure en toi ») ; entre les buildings phalanstériens de la Revue du mouvement social et de La Phalange, les petites ruches radieuses du Travail affranchi et les tables rases de l’Encyclopédie des nuisances ; entre des appels, ici, à l’insurrection en armes, là à la passivité insidieusement perturbatrice.

 

 

Cependant ces voix discordantes, outre leur tremblement caractéristique, se reconnaissent à des passages plus ou moins brusques et maîtrisés de l’espérance à l’ironie (cette baïonnette des désarmés, dit Jacques Vingtras) selon que se conforte ou s’exaspère l’attente du prochain moment historique. Attente qui est aussi bien celle d’un retour – tout mouvement révolutionnaire vit en France dans l’espoir d’une récurrence inachevée : 1789, 1830, 1848, … – selon le double ressort de désir et de nostalgie qui fait l’enivrante contradiction du romantisme. Marx avait bien vu le désir de répétition à l’œuvre dans l’Histoire : ce syndrome nous ramène à toute publication visant périodiquement à la fermentation intellectuelle dans l’attente du retour des barricades. En termes hégéliens – troisième définition – c’est le trépignement de l’Esprit dans les temps morts. Camarades lecteurs, souvenez-vous… et patientez.