Options pour malvoyant
Mon compte
Réessayer
Recherche

La vie élégante - 2

Revue

Bibliothèque Forney

Date : 09/05/2020

image

 

Cette revue élitiste ambitionnait de s’intéresser : « à la chasse, au sport et à l’escrime, aux coupes inédites de vêtements, à la vie intime des contemporains célèbres, aux voyages, aux romans, en un mot à tout ce qui constitue le charme et le sel de la vie ».

Georges Decaux, son fondateur voulait en faire une revue susceptible d'intéresser les bibliophiles par ses sujets mondains et le luxe de sa présentation. Malgré la recherche de ce raffinement, la revue ne trouve pas son public et la publication prit fin au bout de deux ans.

 

Les romans présentés en épisodes, sur plusieurs numéros sont rédigés par Quatrelles, co-auteur de pièces de théâtre avec Alphonse Daudet. Il est aussi librettiste de La Vie Parisienne à l'instar de Ludovic Halévy, auteur pour La Vie Elégante.


Les chroniques présentant les mœurs outre-atlantique sont écrites par Old Nick Jr. et font état de leur suprématie. Ainsi, les Américains « dansent mieux que les français » « ont les plus belles toilettes, les plus belles voitures » « les hommes y sont parfois aimables, les femmes toujours charmantes...ils nous donnent le ton maintenant ».

 

 

La Colonie américaine par Old Nick Jr.


La politique et la finance sont aussi au coeur des préoccupations du périodique qui relate la plus importante crise économique du 19ème siècle, en 1882. C'est après ce gros krach boursier que Paul Gauguin, travaillant comme courtier, décide de se consacrer entièrement à la peinture.

 

 

L'affichage des cours de la bourse

 

Les plumes féminines de la Vie Élégante plus rares se cachent derrière des pseudonymes.

« Magali » et « Stella » tiennent les rubriques de mode destinées aux femmes, bien que l'ensemble de la revue soit plutôt destiné à un public masculin.

 

« Le monde et la mode » ou « le choix de la parure » loin de donner des conseils pratiques, emploient un ton pompeux assumé, célébrant un modèle inhabituel de femme, pour l'époque, comme les amazones.

 

 

Costume d'amazone

 

Affirmant avec snobisme que « c'est un cruel embarras pour certaines femmes de choisir leurs toilettes, la parisienne seule, j'entends la parisienne de race va droit au but, sans hésitation et sans erreur »

Dernière plume féminine, « Little lady » informe ses lecteurs sur les usages mondains de l'opéra, du Grand prix de Paris, des tables des casinos...ou sur ce que l'on pense en écoutant une symphonie au conservatoire.

 

 

Au bal de l'opéra

 

Cependant, malgré ces présences féminines, le mensuel garde un ton parfois misogyne. Dans « Les remarques d'hier et aujourd'hui » Louis Dépret, critique littéraire pour L'Illustration, lâche une salve de citations peu amènes pour les femmes.

 

« Comme les femmes aiment à décevoir notre amour et à aimer qui, comment et quand il lui plaît...ainsi la renommée se moque de nos labeurs et illustre les gens à son caprice ».


« Une femme passionnée par la toilette nous fait un peu l'effet de l'auteur qui a un morceau à placer. Il faut que le monde en sache quelque chose...à tout prix ».


Charles Narrey, auteur et ancien administrateur du théâtre de l'Odéon, abonde dans son sens, dans son article « l'Education d'Achille ».

 

« Si vous voulez réussir dans le monde, ayez l'air de prendre les femmes au sérieux. Consultez-les mais ne suivez pas leurs conseils ».

 

« N'oubliez pas qu'avec les femmes la meilleure façon d'avoir raison, c'est d'avouer qu'on a tort ».

 

« Si vous prenez une maîtresse et si vous devez être entre deux airs ayez plutôt l'air d’être son père que son fils ».


Concernant, les illustrations, le fondateur de la Vie Élégante, Georges Decaux, veut souligner la distinction qu'il fait entre les imprimés populaires qu'il édite et cette revue mensuelle qui se veut être une revue illustrée de luxe. Ainsi, il choisit un frontispice dessiné par Félicien Rops signalant ainsi la dimension artistique, teintée d’érotisme, de cette nouvelle parution *.

 

 

Frontispice de Félicien Rops


Toutefois, il est important de noter qu'au-delà des apparences de livre illustré de luxe, un ton humoristique affleurait sous les plumes de certains auteurs et la majorité des dessinateurs de la revue était attachée à la caricature comme, Mars, Ferdinand Bach, Robida, Quatrelles...

 

 

Dessin humoristique de Quatrelles
 

Malgré ses nombreux atouts avec la contribution d'auteurs et d'illustrateurs de renom, la revue ne semble pourtant pas avoir séduit son public et prend fin au bout de deux ans.

 

A-t-elle pêché par excès d’élitisme ? La Belle Époque est une période marquée par les progrès sociaux, économiques, technologiques, durant laquelle émerge une forme de démocratisation culturelle* à l'encontre d'une conception élitiste.

 

Ou la maison d'édition a-t-elle manqué de disponibilité et de moyens financiers pour élaborer de façon satisfaisante sur une longue durée, une revue élitiste, devant constituer un objet d'intérêt pour les bibliophiles ?

 

Enfin, les lecteurs de la presse de la fin du 19ème siècle étaient-ils plus en attente d'un périodique proche des préoccupations du foyer, un périodique populaire , familial, comme en témoigne le succès du Petit Écho de la Mode, fondé à la même époque, en 1880 dont le dernier numéro parut en 1983 ?

 

Quelles que soient les raisons de l'échec de la Vie Élégante, cela n'enlève rien à son intérêt aujourd'hui. Son exploration d'une société aisée, presque cabotine, traitée avec humour, avec le souci du raffinement, la rend unique dans le panorama de la presse de la fin du 19ème siècle.

 

La mise en ligne de sa version numérique est une vraie chance pour le patrimoine.

 

Elsa Fromageau

 


*Source :

Albert Robida, un dessinateur fin de siècle dans la société des images / Sandrine Doré

Les prémices de la démocratie culturelle, les intellectuels, l'art et le peuple au tournant du siècle / Vincent Dubois


Voir aussi :