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Les petits métiers de Bombay

Collection

Bibliothèque de l'Hôtel de Ville

Date : 13/03/2020

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Publications officielles de l’Empire des Indes dans les collections de la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville

 

L’Inde devait être le pays mis à l’honneur lors du Salon du Livre 2020 qui a été annulé, mais n’annulons l’occasion de rappeler l’existence, à la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville, d’un très riche fonds des Indes britanniques, qui fut constitué par échanges au tournant des 19e et 20e siècles, avec envoi de collections rétrospectives1.


C’est ainsi que, s’il n’est pas possible de consulter aujourd’hui à l’Hôtel de Ville les procès-verbaux du Conseil municipal parisien des années 1860, puisqu’ils ont brûlé dans l’incendie de mai 18712, l’on pourra en revanche feuilleter le bulletin municipal de Bombay par exemple pour l’année 18663.


Cette livraison de 1866, qui s’attache notamment aux questions de voirie, d’hygiène et de salubrité, comporte une annexe des plus intéressantes sur diverses professions : en regard d’une gravure les illustrant, sont donnés, sans autre forme de commentaires, les témoignages de Bombayens qui les exercent.

 

Florilège :

 

 

Le balayeur est encore appelé Halalcore, la tâche étant réservée à cette caste pauvre, venue principalement du nord de l’Inde. Chand Lalla, 65 ans, raconte sa vie en s’embrouillant quelque peu dans des considérations religieuses entre hindouisme, islam et christianisme, ainsi que dans sa propre biographie puisqu’ayant été dans sa jeunesse au service d’un officier de l’armée anglaise, il dit avoir participé à des batailles qui ont eu lieu à l’époque de sa naissance !

 

Arrivé à Bombay dans les années 1820, il devient trente ans plus tard, à la suite d’une révolte des balayeurs contre son rival, le muccadum (chef) des Halalcores non natifs de Bombay. Il emploie alors quatre serviteurs qu’il paie 1,15 roupie par mois, lui-même en gagnant environ 300.

 

 

Deux tanneurs donnent des précisions sur les techniques utilisées et les salaires perçus. Dewa Lusimon Kurruck appartient à une dynastie de tanneurs de peaux de buffles depuis 150 ans, tandis qu’Ibrahim Mara Sao emploie 40 employés pour tanner des peaux de chèvres ou de moutons qui sont expédiées en Angleterre ou en Amérique.

 

 

Hassan Meyajee, 37 ans, est fabricant de cordes à boyau, comme l’étaient son grand-père et son père. Il emploie douze personnes de sa famille qui traitent 5 à 6000 intestins d’animaux par mois, et mieux vaut les traiter rapidement à cause de l’odeur, mais le métier, dit-il, est sain.

 

 

Quatre témoignages pour le métier de teinturiers, dont celui de Sheik Cassim qui révèle ses secrets de fabrication pour la teinture de la soie en jaune, pourpre, vert ou noir, ou celui de Noor Mahomed qui emploie 5 ou 6 ouvriers qu’il loge chez lui, nourrit (pour eux comme pour lui, de la viande une fois par semaine) et paie 6 à 10 roupies par mois.

 

 

On apprend par Gopal Babajee, distillateur de vin de palme à Bombay depuis une vingtaine d’années, qu’il faut attendre qu’un cocotier ait une dizaine d’années avant d’en extraire le toddy, que l’arbre produira ensuite pendant quarante ans. Les Bhundarees (distillateurs) hindouistes ne doivent pas boire de vin de palme, ce serait un péché équivalent à celui de boire le sang d’une vache.

 

 

Deux marchands d’huile s’expriment, le premier, Akoo Jeewa qui n’est arrivé à Bombay que depuis trois ans, se plaint de la concurrence des importations, tandis que le second, Balloo Ahmed, septuagénaire dont la famille est bombayenne depuis avant l’arrivée des Anglais, semble plus heureux de son sort.

 

C’est uniquement aux mois de Shimga et Chaitra (mars et avril) qu’il presse les graines de karanj, ou arbre de pongolote, très répandu dans les faubourgs de Bombay. Son huile est utilisée pour l’éclairage ou contre les démangeaisons.

 

 

Terminons par le témoignage précis du Chinois originaire de Macao, Achin Ahoon, alias Silvester Salvador, nom qu’il a choisi en devenant chrétien, qui tient une fumerie d’opium sur Colbhat Road. Il reçoit une cinquantaine de clients par jour, des musulmans, des hindous, des Mahrattes, parfois des Philippins, mais jamais de Parsis ni d’Européens. Pour une roupie et huit annas, soit environ neuf pipes, le client en aura pour sa journée. Lui-même, Achin, fume très peu, une pipe de temps à autre, mais son père, qui était aussi dans le commerce, fumait comme un sapeur : 40 à 50 pipes à jour, comme si de rien n’était.

 

Sont ainsi à la disposition des chercheurs et des curieux un millier de volumes de publications officielles, sur une période allant des années 1860 à l’indépendance de l’Inde en 1947, traitant de l’administration, du commerce, de la criminalité, de l’éducation, des travaux publics et de la santé, etc., et l’historien du droit pourra consulter les nombreux codes spécifiques : Anglo-Indians, Ajmer, Assam, Baluchistan, Bengal, Bombay, Burma, Coorg, Madras, Oudh, Punjab

 

Notes :

 

1 Voir Catalogue des fonds coloniaux, I, Grande-Bretagne, Pays-Bas et Portugal

2 Voir Pierre Casselle, Bibliographie des publications officielles de la Ville de Paris et du département de la Seine, Paris, 1991, p.12.

3 Voir Annual report of the municipal commissioner of Bombay.