Options pour malvoyant
Mon compte
Réessayer
Recherche

Le fonds général des manuscrits et des lettres autographes - 3

Archives et manuscrits

Bibliothèque Marguerite Durand

Date : 07/05/2020

image

Lettres autographes de Jeanne Marie, dite Manon, Phlipon (1754-1793), épouse Roland de la Platrière dite Madame Roland, égérie des Girondins, décapitée le 8 novembre 1793 

 

3eme partie

 

Les lettres autographes

 

Classées autrefois dans les dossiers documentaires biographiques consacrés à leurs signataires, parfois à leurs destinataires, parfois même dans des dossiers thématiques, les lettres autographes en ont été retirées à partir du début des années 1970 et inventoriées dans un registre spécifique, avec la cote « 091 ». Ce souci de sécurité et de meilleure visibilité de la correspondance autographe s’est poursuivi au fil des ans, et il arrive encore assez fréquemment aux bibliothécaires de trouver dans un dossier une ou plusieurs lettres qui vont rejoindre le « département » des lettres autographes. 

 

Par manque de temps et de personnel, les lettres ont longtemps été enregistrées et signalées comme des ensembles et non à la pièce et leur contenu n’a fait l’objet d’aucun détail. On constatera que l’inventaire récemment mis en ligne comporte fréquemment la mention «ensemble de lettres» ; peu à peu, nous essayons de reprendre leur traitement rétrospectif mais c’est un très long travail Depuis une vingtaine d’années, les nouvelles acquisitions de lettres font l’objet d’un signalement précis, comportant un résumé et une ou plusieurs citations significatives. 

 

On se heurte cependant fréquemment à deux difficultés dans le traitement des lettres : le manque de datation et la non-connaissance du ou de la destinataire ; le contexte ne permet pas toujours d’identifier qui se cache derrière un «Chère Madame» ou un «Cher ami», les enveloppes ayant rarement été conservées.

 

La bibliothèque possède une riche collection de lettres autographes, particulièrement variée et comptant plusieurs milliers de pièces. Le chiffre de 4000 lettres annoncé pour la collection ne reflète pas la réalité, de nombreux ensembles de lettres étant comptés comme une seule unité dans les registres. Parfois anecdotiques, certaines pièces du fonds initial sont certainement entrées en possession de Marguerite Durand ou de sa famille en raison du prestige, de l’ancienneté, de la rareté de la seule signature plutôt que du contenu de la lettre ; ainsi les deux plus anciennes pièces de la collection sont-elles un mandement de Marie de Clèves en 1468 et une lettre de Catherine de Ricci datée de 1522. 

 

La période la mieux représentée est, sans surprise, celle qui va de la fondation de La Fronde (1897) à la fin des années 1930, juste avant la 2e guerre mondiale, qui inaugure une longue période sombre pour la bibliothèque jusqu’au début des années 1970. Comme nous l’avons indiqué, cette collection continue de s’enrichir grâce à des achats réguliers. 

 

Plusieurs « groupes » de femmes sont significativement présentes par leurs lettres autographes dans la collection : 

 

Des écrivaines et des journalistes...

 

  • Parmi les plus célèbres : Juliette Adam, Marie d’Agoult, Olympe Audouard, Simone de Beauvoir, Natalie Clifford Barney, Louise Colet, Colette, Alexandra David-Neel, Lucie Delarue-Mardrus, Jane Dieulafoy, Madame de Genlis, George Sand, Madame de Staël, Séverine, Renée Vivien, Marguerite Yourcenar…

 

 Lettre de George Sand à André Boutet, Nohant, 6 mars 1871, à propos des événements de la Commune 

 

 

Lettre d’Alexandra David-Neel adressée à la journaliste Hélène Gosset, 22 octobre 1935, à propos de Samten Dzong, « forteresse de la méditation », sa maison de Digne, aujourd’hui Musée Alexandra David-Neel Dans les années 1900, la célèbre voyageuse collabora à La Fronde sous le nom d’Alexandra Myrial.

 

 

Lettre de Colette adressée à Pierre Moreno, [16 décembre 1948] sur la parution des Souvenirs de son amie Marguerite Moreno, morte le 14 juillet : Avidement j'ai lu ce que je n'avais pas lu, et j'ai relu ce qui m'était déjà connu. Quelle belle occasion d'écorcher mon chagrin... Les souvenirs de théâtre sont magnifiquement au point. Je la revois, je l'entends (…)

 

Des artistes... 

 

  • Peintres, musiciennes, sculptrices : Louise Abbéma, Rosa Bonheur, Camille Claudel, Pauline Viardot, Nadia Boulanger, Cécile Chaminade, … 

 

 

Lettre de la cantatrice et compositrice Pauline Viardot (1821-1910) au peintre Jean-Dominique Ingres 1780-1867). Elle recommande l’un de ses amis, Louis Pomey, un jeune homme fervent admirateur d’Ingres et qui se destine à la peinture, écrit-elle. Louis Pomey (1835-1901) devint en fait musicien ; il est le parolier de nombreuses mélodies composées par Pauline Viardot ; il fut aussi baryton.

 

 

Lettre de Camille Claudel à Mary-Léopold Lacour, 1906 : J'ai oublié de vous dire que je serais enchantée que vous fassiez un article sur moi, mais à la condition expresse que je ne serai pas accouplée avec un ou une autre artiste inconnue à moi (quelque protégée du Sieur R. pour laquelle il me fera servir de remorqueur comme d'habitude (...). Il s’agit bien sûr d’Auguste Rodin.

 

D’actrices, cantatrices et chanteuses... 

 

 

  • Sarah Bernhardt, Marie Dorval, Yvette Guilbert, Marguerite Moreno… Marguerite Durand, qui, avant d’être journaliste, fut pensionnaire de la Comédie-Française de 1881 à 1888, garda ou noua de nombreuses relations et de fidèles amitiés dans le milieu du théâtre et des spectacles.

 

De femmes ayant joué un rôle politique... 

          

 

  • Madame Roland, Louise Michel, Cécile Brunschvicg (1877-1946), figure féministe de premier plan qui fut aussi l’une des trois premières femmes nommées dans un gouvernement français, en 1936.

 

De féministes... 

                      

 

  • En particulier de celles qui étaient en relation, de manière plus ou moins proche, avec Marguerite Durand : Ghénia Avril de Sainte-Croix, Hubertine Auclert, Isabelle Bogelot, Hélène Brion, Marie-Louise Bouglé, Amélie Hammer, Harlor, Odette Laguerre, Marbel, Madeleine Pelletier, Nelly Roussel, Clémence Royer, Maria Vérone, etc. Mais la bibliothèque possède également des lettres de féministes notoires du début du 19e siècle, comme Eugénie Niboyet ou Flora Tristan (voir la lettre reproduite ci-dessus).

 

 

Lettre d’Eugénie Niboyet (1796-1883), 24 novembre 1833 à Marius Chastaing, rédacteur en chef de L'Echo des travailleurs à Lyon, impliqué dans la défense des canuts : Les sympathies que vous témoignez pour la cause des travailleurs me font espérer que vous serez favorable à la cause des femmes. Elles aussi demandent comme l'ouvrier à être affranchies de l'esclavage qui a si longtemps pesé sur leur sexe". Saint-simonienne puis fouriériste, Eugénie Niboyet fut la porte-parole des « femmes de 1848 ». Elle dirigea plusieurs journaux, dont La Voix des femmes.

 

Comme on le voit par ces quelques exemples, la collection des lettres autographes de la BMD est d’une grande richesse et d’une grande variété, qui dépasse largement le cadre du seul féminisme. Les chercheuses et chercheurs qui la fréquentent et le public qui la connait moins bien se réjouiront certainement de découvrir grâce à ces signalements en ligne des « trésors » encore trop souvent méconnus.

 

Il faut bien noter que ces lettres autographes n’ont pas été numérisées et ne sont donc pas consultables en ligne actuellement, à l’exception de 70 lettres de Louise Michel. Des projets de numérisation sont en actuellement à l’étude pour certains corpus. 

 

Outre les lettres du fonds général, évoquées ici, on trouve évidemment d’abondantes correspondances dans les fonds spéciaux d’archives, dont les inventaires sont progressivement mis en ligne et qui seront présentés dans de prochains articles.


 >> L'inventaire du fonds général des manuscrits et lettres autographes sur le catalogue :

 


Voir aussi : Histoire du fonds >> Les manuscrits >> Les lettres autographes