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La photographie officielle en Indochine dans les années 1920

Collections

Bibliothèque de l'Hôtel de Ville

Date : 06/01/2020

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Tonkin, Hanoi : brodeurs annamites © Service photographique Indochine/BHdV/Roger-Viollet.

 

Dans le cadre d’un Original du mois destiné à marquer la réouverture de la bibliothèque Jean-Pierre Melville, cette dernière et la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville, qui possèdent toutes deux des collections sur l’Asie, ont monté en partenariat une exposition sur l’artisanat vietnamien dans les années 1930. Cet événement sera pour nous l’occasion d’évoquer ces fonds de la BHdV et plus particulièrement les photographies venues d’Indochine.

 

 

L’Indochine française dans les collections de la BHdV

 

Le fonds de la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville sur l’Indochine française comprend environ un millier d’ouvrages anciens et contemporains, provenant de l’administration coloniale locale ou centrale et d’achats1, ainsi qu’une soixantaine de photographies prises dans les années 1920-1930 dans l’Union indochinoise, nom officiel de l’Indochine française2. Cette Union indochinoise, administrée à partir 1887 par un Gouvernement général, regroupait des territoires conquis par la France en Asie orientale entre 1858 et 1907 : la colonie de Cochinchine (Sud du Viêt Nam), les protectorats de l’Annam et du Tonkin (Centre et Nord du Viêt Nam) et ceux du Cambodge et du Laos.

 

 

 

Le service photo-cinématographique de l’Indochine

 

Entre 1916 et 1926, le Gouvernement général disposa d’un Service photographique, dont le personnel (René Tétart, Gaston Brun et Lacroix3), issu du Service photographique des Armées, fut recruté pour cinq ans. Basé à Hanoï et dépendant de la Direction des affaires économiques, ce Service photographique eut pour activités principales le tournage de films -surtout en 1917-1918 dans le cadre d’une mission cinématographique venant soutenir l’effort de guerre- et la prise de vue.

 

Le but du Service photographique étant d’améliorer la connaissance du public métropolitain et d’attirer colons et touristes dans « la perle de l’Empire », il devint le fournisseur institutionnel d’images de l’Office colonial (qui dépendait du ministère des Colonies) et de l’Agence économique de l’Indochine (branche créée en 1919 de l’Agence générale des colonies), tous deux installés à Paris. Sous la direction, successivement, de René Tetart puis de Léon Busy (1874-1950), qui collabora aussi aux Archives de la planète d’Albert Kahn, tous deux aidés par leurs collaborateurs vietnamiens (Vu Dinh Chinh, Nguyen van Tinh, et Nguyen van Chunh…), le service prit expressément des clichés pour les expositions coloniales organisées à Marseille (1922) puis à Paris (1931).

 

À partir de 1924, le service, peu rentable, fut démembré avant de disparaître en avril 1926. L’activité photographique fut poursuivie par Léon Busy à la Direction des Mines puis à l’Office indochinois de tourisme et de propagande, tandis que l’activité cinématographique revint à la section photo de l’Aéronautique militaire de l’Indochine4 et surtout, par contrat, à la société Indochine Film et Cinémas. René Tetart, Nguyen Lan Huong (1887-1949), le premier cinéaste vietnamien sous le nom de Huong Ky, et Jean Manikus (1903-1963), photographe attitré de l’École française d’Extrême-Orient à partir de 1933, travaillèrent pour cette société largement, subventionnée par le Gouvernement général et dirigée par Joseph Guyot de la Pommeraye.

 

 

Un inventaire des richesses indochinoises

 

Selon les orientations données par le Gouverneur Sarraut en 1916, outre les ressources naturelles et les monuments de la colonie, « l’ethnographie des populations » devait retenir l’attention des photographes.

 

Parmi les thèmes ethnographiques, ces derniers s’intéressèrent particulièrement à l’artisanat (vannerie, broderie, travail du bois etc.). En déclin depuis le début de la période coloniale par disparition du patronage des monarchies autochtones et européanisation des élites, l’artisanat vietnamien était soutenu dans l’entre-deux-guerres par le Gouvernement général par le biais de l’enseignement et d’ouvroirs et par des entreprises privées. Il s’agissait alors de revivifier des savoir-faire anciens et de développer l’économie locale, notamment par le tourisme, car ces objets fabriqués avec art étaient ensuite exposés dans les six musées d’art indochinois que comptait la colonie ou bien vendus comme souvenirs aux touristes.

 

 

Réalisés dans un but économique, les clichés du Service photographique du Gouvernement général, en raison de leur nombre et de leur diversité géographique et thématique, prennent aujourd’hui valeur d’inventaire des richesses humaines et naturelles de l’Indochine des années 1920-1930. Un Essai de catalogue des clichés de l’Office indochinois de tourisme et de propagande, publié en 1931, recense les quelque 50 000 vues qu’il a prises. 

 

Pour en (sa)voir plus :

 

 

Notes :

1 Bernadette Fournier : « L’Indochine coloniale à la Bibliothèque administrative », dans Collections parisiennes, no 4, 4e trimestre 1998, pp. 27-42.

2 On pourra ajouter à cet ensemble provenant vraisemblablement du ministère de la France d’Outre-Mer dissout en 1959-1960, quelques plaques sur verre et L’Art Khmer d’Henri de La Nave, deux portfolios totalisant 170 photographies.

3 Pour les photographes cités, voir la base biographique établie par Marie-Hélène Degroise (Archives nationales d’outre-mer).

4 Ce service est probablement l’auteur du Guide aérien de l’Indochine(1923). L’ouvrage destiné aux aviateurs contient des descriptions des terrains d’aviation de l’Indochine par ligne aérienne et des photographies aériennes.