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Les associations ouvrières de production à l’Exposition universelle de 1900

Photographie

Bibliothèque de l'Hôtel de Ville

Date : 21/01/2020

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Les associations ouvrières de production à l'Exposition universelle de 1900 >>Voir l'image 

 

En 1901, la Chambre consultative des associations ouvrières de production (AOP) remettait au Conseil municipal parisien deux volumes présentant par un court texte chacune de ses associations parisiennes et provinciales adhérentes et par une photographie leur exposition particulière au sein de l’Exposition universelle de 1900. Panorama des AOP au tournant du XXe siècle, ces deux albums, tirés chacun à 21 exemplaires et aujourd’hui conservés à la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville, ont aussi la particularité d’avoir été réalisés par des associations ouvrières, notamment photographiques.

 

Les associations ouvrières de production : entre collectivisme et capitalisme.

Le mouvement coopératif français a puisé au cours de son histoire à quatre sources (Saint-Simon, Fourier, Cabet et Proudhon) qui, en lui conférant chacune des traits particuliers, en ont fait une « troisième voie » dans la transformation d’ensemble du monde du travail, à côté du syndicat et du parti politique1.

 

Depuis l’apparition de la première AOP à Paris en 1831, ces associations se présentaient comme des groupements volontaires de travailleurs, plutôt du secteur artisanal2, qui dans leurs ateliers voulaient établir la propriété collective des moyens de production, la gestion directe et la solidarité entre membres. Restaurer la dignité de l’ouvrier en le libérant du salariat et du chômage était un de leurs buts et le renoncement aux intérêts personnels au profit de la communauté et du « bien commun » un moyen, notamment par l’indivisibilité du capital entre sociétaires et une répartition juste des bénéfices3. Par ces dispositions les AOP cherchaient aussi la rentabilité économique, condition sine qua non de leur existence au même titre qu’une législation favorable aux associations.

 

Des associations sans statut juridique propre.

Non concernées par la loi de 1884 autorisant les syndicats et tombant sous le coup de la loi Le Chapelier (1791) interdisant les corporations, les AOP bénéficièrent uniquement, avant la loi du 1er juillet 1901 sur les associations, des dispositions de la loi du 24 juillet 1867 sur les sociétés commerciales4. Afin de leur donner un statut juridique propre, le ministre Waldeck-Rousseau commandita une enquête extraparlementaire à leur sujet en 1883, mais le projet n’aboutit pas. C’est donc avec le statut de sociétés anonymes que les AOP se développèrent : on en comptait 250 en 1897 et 476 en 19135.

 

Mais leur nombre fluctua en raison des circonstances politiques6 et de leur difficulté à maintenir un équilibre financier. Leur salut vint, d’une part, des subventions et marchés publics, -la Ville de Paris, par exemple, leur consentit des prêts sur le produit du legs Rampal à partir de 1880 et, en 1881, le préfet Floquet les autorisa à participer aux adjudications7-, et, d’autre part, de leur fédération en une Chambre consultative (1884)8 qui démarcha les administrations pour les faire concourir dans les adjudications et fonda en 1893 une banque coopérative9 et un journal, L’Association ouvrière.

 

 

Le Palais de l’économie sociale et des congrès à l’Exposition universelle de 1900

(Les Associations ouvrières de production, tome 1 - © BHdV)

 

La participation des associations ouvrières de production à l’Exposition universelle de 1900.

Soutenues par les socialistes modérés et les radicaux au pouvoir, qui y voyaient « un moyen d’intégration sociale de l’élite ouvrière »10,  les AOP ont directement participé à l’Exposition universelle de 1900 de trois façons.

 

D’abord, le gouvernement ou les ouvriers désignèrent directeurs et administrateurs d’AOP pour siéger dans les commissions d’admission, les comités d’installation ou les jurys. Ensuite, les AOP concoururent dans différentes classes, dont la classe 103 consacrée à l’économie sociale. Et enfin, les ouvriers des AOP du bâtiment travaillèrent à l’édification de l’exposition même : 18 d’entre elles construisirent le Palais de l’économie sociale et des congrès, où se déroula en juillet 1900 le premier congrès de la Chambre consultative11.

 

À l’issue de l’exposition, les AOP reçurent une reconnaissance officielle sous forme de récompenses. Des distinctions furent distribuées à 275 de leurs membres, des médailles et mentions honorables attribuées pour leur exposition particulière à la Légion d’honneur et aux palmes académiques remises pour services éminents rendus au mouvement coopératif.

C’est en remerciement de cette reconnaissance que la Chambre consultative fit réaliser les deux albums pour les faire remettre « aux principaux personnages de la République » qui avaient soutenu son effort.

 

 

Exposition particulière de l’association « Les ouvriers en limes » à l’Exposition universelle de 1900

(classe 103), récompensée par une médaille d’argent (Les Associations ouvrières de production, tome 2 - © BHdV)

 

 

Pour en savoir plus :

 

Les deux albums :

Chambre consultative des associations ouvrières de production, [La Photographie, Union photographique française, phot.] : Les associations ouvrières de production à l'Exposition universelle de 1900. 1 : Industries du bâtiment

Chambre consultative des associations ouvrières de production, [La Photographie, Union photographique française, phot.] : Les associations ouvrières de production à l'Exposition universelle de 1900. 2 : Industries diverses

 

Les associations ouvrières de production au XIXe siècle dans le catalogue des bibliothèques spécialisées :

 

Notes :

1 Le mouvement coopératif constitua une ligne de fracture dans la gauche française et au-delà. Par exemple, Jules Guesde s’y opposa alors que Jaurès le défendit. Le libéral Villermé, qui œuvra pour l’amélioration du sort des ouvriers, était hostile à l’association. Dégagée des débats politiques, la pensée coopérative française suivit son propre chemin essentiellement grâce à l’École de Nîmes fondée en 1885 et dirigée par Charles Gide. Pour une histoire générale du mouvement coopératif, voir : André Henry : Serviteurs d'idéal. 1 : Pionniers et fondateurs : histoire de la longue marche des associations, des coopératives, des mutuelles et des syndicats (Paris, 1987).

2 La première AOP, celle des menuisiers, a été créée à l’initiative de Philippe Buchez, un médecin philanthrope, dissident du saint-simonisme. Il sera aussi à l’origine de l'association des bijoutiers en doré (1834). Au XIXe siècle, les ouvriers du bâtiment, du Livre et de l'ameublement opteront volontiers pour la formule coopérative. Aujourd’hui, la moitié des membres des SCOP sont des actifs du secteur des services.

3 La répartition des bénéfices défendue par Henry Buisson, secrétaire de la Chambre consultative, était la suivante : travail pour 5/12e, capital pour 4/12e et talent pour 3/12e.

4 Voir le titre III de la loi du 24 juillet 1867 relative aux sociétés à capital variable. Le statut des AOP sera précisé par la loi du 18 décembre 1915, puis par la loi Ramadier (1947). Elles auront, sous le nom de SCOP (Société coopérative ouvrière de production), un statut propre en 1978, modernisé en 1992, en 2001 (avec la création des Sociétés coopératives d’intérêt collectif, SCIC) puis en 2014.

5 On dénombrait 323 AOP en 1902 alors que les magasins coopératifs, les coopératives de consommation, étaient déjà bien plus nombreux (plus de 1 500). En 1979, il y avait en France environ 650 SCOP et en 1983, 1 500. Aujourd’hui, on estime leur nombre à 1 600.

6 Il y eut des vagues de création d’AOP en fonction de l’attitude du pouvoir vis-à-vis du monde ouvrier. Les années 1848, 1871, 1919-1920, 1936, 1945-1946, 1968, 1978-1982 et depuis 1995 sont des périodes de développement des AOP-SCOP.

7 La Préfecture de la Seine recourut souvent aux services de l’Union photographique française, une AOP qui réalisa la moitié des photographies des deux albums (conjointement avec La Photographie, une autre AOP), couvrit les travaux de construction du métro et travailla pour la Commission du Vieux Paris.

8 La première esquisse d’une fédération des associations ouvrières, à l’initiative de Jeanne Deroin, date de 1849. La Chambre consultative ne fédérera jamais la totalité des AOP. Elle réunissait 29 AOP en 1884, 150 en 1897 et 274 en 1913. (P. Canfin : « Aux racines de la CG Scop », dans Participer, no 604, mars-avril 2004, p. 31). La Chambre consultative est devenue la Confédération générale des SCOP (CGSCOP) en 1937.

9 Ancêtre du Crédit Coopératif (1938), la Banque coopérative des AOP (BCAOP), financée par des capitaux publics, est venue remplacer la Société du Crédit au Travail disparue en 1868.

10 André Gueslin : « Aux origines de la coopérative de production », dans Cahiers de l’Institut CGT d’histoire sociale, no 126, p. 11.

11 À l’Exposition du travail de 1885, un pavillon de la coopération de production avait été construit avec le soutien financier du Conseil municipal parisien.