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Adieu Alain Gauthier, affichiste, illustrateur et peintre

Hommage

Bibliothèque Forney

Date : 16/05/2020

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Alain Gauthier, affichiste, illustrateur et peintre, est décédé le vendredi 3 avril 2020, victime du coronavirus. Né en 1931, il avait 88 ans. Cet artiste aura laissé une trace considérable dans l’histoire de l’illustration et de la publicité française, œuvre d’un style tout personnel et difficile à démêler.

 

 

Ses détracteurs qualifieront son imagerie de mièvre et répétitive ou d’un goût pervers soft de Prisunic, et ses nombreux admirateurs d’inspirée, d’onirique et de poétique (mais la Poésie est bonne fille et ne renie jamais personne). Son inspiration était surréaliste, non sans une certaine affectation de naïveté car Alain Gauthier avait l’innocence réelle ou feinte des séducteurs professionnels, qui sont à leur affaire et méditent leurs effets. Un obsessionnel.  

Je me souviens des empilements de femmes au masque et de femmes-chat géométriques à talons aiguille qui encombraient son intérieur très soixante au Chesnay, dans cette cité de Paris 2, devenue Parly 2, hideuse sans doute, mais enfin de cette hideur, de cette vulgarité qui fut notre jeunesse. En 2011, il vous accueillait comme en 1971, en trench-coat et bottines à élastiques.

 

 

Il fut quarante ans le familier des maisons d’éditions enfantines, qui eurent à chaque époque leurs galeries d’illuminés. Au fait, était-il aimé des enfants ? Ce n’est pas le sujet : est-ce qu’on leur demande leur avis ? En tout cas il plut beaucoup aux parents, aux libraires et aux bibliothécaires, qui disent par métier ce qui est bon pour les petits et devaient massivement commander ses nouveautés. Ce fut le grand talent d’Alain Gauthier que de séduire, les femmes surtout.

Plaire, un don que le monde du commerce eut tôt fait de repérer chez lui. Alain Gauthier avait fait une première et brillante carrière comme affichiste et illustrateur publicitaire. Venu à son heure, il connut le temps béni de l’affiche illustrée, universelle dans la France des années cinquante et soixante. L’éditeur Guy de la Vasselais devait faire de lui l’un de ses fournisseurs les plus prolifiques.

 

 

La bibliothèque Forney compte à son catalogue pas moins de 196 affiches d’Alain Gauthier. L’efficacité pratique de son dessin fit merveille pour des marques comme les tourne-disques et transistors Teppaz ou les aspirateurs Hoover. Comme les dames Lefor-Openo, Alain Gauthier devait retenir la formule à tout faire de son petit personnage de femme-enfant, souriant faire-valoir des produits. Au début des années soixante-dix, la commande d’illustration publicitaire se tarit rapidement pour tous les peintres affichistes, du deuxième comme du premier rayon. Alain Gauthier se reconvertit alors dans le livre, avec le succès qu’on a dit plus haut.


C’était un bel homme affable, effacé jusqu’au diaphane, très intérieur, les yeux de plus en plus perdus dans le bleu avec les progrès de l’âge et de la maladie qui fit de sa fin de vie un naufrage lent. Une page se tourne avec lui.


Thierry Devynck
Conservateur responsable du fonds d’affiches